Médiation animale dans les Unité des Soins Intensifs Pédiatriques et Adultes du HUB. Et l’hygiène ?

L’Hôpital Universitaire de Bruxelles (HUB) a récemment accueilli Tika dans son unité de soins intensifs pédiatriques située à Laeken. Avant cela : Yuki au sein de ses unités de soins intensifs adultes basées à Anderlecht. Ces nouveaux membres viennent renforcer les équipes soignantes dans une démarche innovante visant à améliorer le bien-être des patients et de leurs proches grâce à la thérapie assistée par l’animal. Cette initiative est mise en œuvre dans le respect strict de principes fondamentaux, chers aux équipes d’hygiène hospitalière.
La médiation animale désigne une pratique impliquant une triade interspécifique entre un humain professionnel du soin ou non, un animal et un humain en souffrance psychologique et/ou physique, en vue de bénéfice(s) pour ce dernier.
Les origines
Les approches non-pharmacologiques dans la gestion du stress, de la douleur et plus largement de la qualité de vie des patients hospitalisés aux soins intensifs sont un axe de travail central dans nos pratiques soignantes. C’est dans cette perspective que le projet de la médiation par le chien s’inscrit.
Une revue de la littérature a été réalisée par tous les
intervenants avec comme pierres angulaires : des expériences de médiation par l’animal dans les centres de soins, l’impact microbiologique, la gestion du stress et de la douleur.
La race du chien a été sélectionnée en tenant compte du cadre dans lequel ils étaient censés intervenir. Il importait aussi que les chiens puissent avoir un contact rappoché avec les patients sans les effrayer. On s’est orienté donc naturellement vers des chiens de petite taille dont le caractère est réputé doux, affectueux et sociable. Des chiens de plus petite taille permettent un suivi plus aisé de l’hygiène lors de leur présence dans les services. Le type de poils peut également influer sur le risque allergène et sur les mues bien que cela reste minime et peu documenté.
Les soins intensifs sont un lieu dans lequel, sur le plan poly-sensoriel, l’expérience est intense et très singulière : alarmes des appareils, monitorings et situations d’urgences, odeurs (désinfectants), matériel (machines, tuyaux, câbles) , tenues vestimentaires (blouses, gants, masques). Il faut que le chien se sente à l’aise et trouve cet environnement familier. Ainsi, il est fondamental d’exposer les chiots dès leur sevrage à l’environnement dans lequel ils seront amené à évoluer.
Le bien-être de l’animal
Le bien-être animal est une condition non négociable dans la réussite de la médiation. Il est reconnu qu’une interdépendance existe entre le bien-être animal, le bien-être humain et l’environnement (concept de One Welfare).
Afin de garantir une référence humaine à nos chiens, chaque chien a son propre propriétaire, issu de leur unité de soins qui prend en charge le chien en dehors de ses missions hospitalières.
Les chiens viennent dans leur unité deux fois par semaine ou plus. Un quartier général a été aménagé dans un bureau, où ils disposent de leur panier et d’une gamelle d’eau. Leurs besoins primaires sont rigoureusement respectés : promenade avant leur arrivée dans le service, sorties pour faire leurs besoins, jeux. Les temps de sommeil sont priorisés ce qui signifie que quand ils dorment, ils ne sont pas disponibles pour visiter des patients.
Les chiens sont également, dans les premiers temps suivis par un éducateur canin. Nous veillons à leur équilibre psychologique en favorisant le jeu, les récompenses, les temps d’apprentissage sans stress et sans pression.
Enfin, aucun de nos chiens ne doit courir de risque de maltraitance ou de violence lors de ses missions hospitalières.
Le protocole d’hygiène extra- et intra-muros
Les chiens, et particulièrement les chiots, peuvent être porteurs de germes (parasites, virus, bactéries,….) potentiellement dangereux, certains pouvant être transmis à l’homme.
C’est ce que l’on nomme des zoonoses.
Pour limiter ces risques, nos chiens ne sont pas de grands aventuriers des plaines et forêts et, l’hygiène des mains est essentielle. Il est impératif de se laver soigneusement les mains à l’eau et au savon ou d’utiliser un gel hydroalcoolique après tout contact avec un animal, son environnement ou ses déjections.
Nos chiens étant considérés comme une ressource pour assurer les soins, ils sont ainsi inclus dans les indications à l’hygiène des mains. Cette simple précaution vise à protèger à la fois la santé des animaux et celle des personnes.
Les chiens sélectionnés comme animal de médiations bénéficient d’un suivi vétérinaire rigoureux (vaccination, vermifugation, hygiène buccale) et spécifiquement adapté à leur race.
Pour diminuer l’impact des mues dans les unités, nos chiens bénéficient d’un brossage régulier, d’une alimentation équilibrée, de bains adaptés à leur pelage.
Les protocoles de nettoyage des surfaces et matériaux en unités de soins intensifs étant déjà assez stricts, nous n’avons pas dû les adapter.
Après la promenade, les chiens arrivent dans l’unité dans un sac à dos adapté. Ensuite, une toilette spécifique est effectuée: brossage des poils puis nettoyage des poils, des yeux, des oreilles et des pattes avec des lingettes adaptées.
Lorsque les chiens sont amenés à monter sur le lit des patients, un drap de protection est utilisé pour préserver l’environnement direct du patient.
Chaque jour de passage des chiens, sont dressées des listes de patients qui pourraient bénéficier de la médiation animale. Afin de maîtriser le risque de transmission, quelques critères d’exclusion existent :
– Patients en isolement protecteur ou infectieux, chaque patient ayant le screening d’usage en soins intensifs (MRSA, VRE, CPE, …)
– Patients avec une plaie ouverte ou brûlures étendues
– Patients présentant une mycose cutanée
– Patients sédatés
Sur le terrain, concrètement :
Les chiens sont promenés en laisse jusque dans les chambres par le personnel de l’unité ou par les patients, dans le service. La rencontre ne se fait que si le patient ou son accompagnant donnent leur accord. Tout commence par un regard, à distance, en attente d’un signal, d’une invitation exprimée par le patient ou son accompagnant, puis éventuellement le toucher.
Ces rencontres peuvent se faire dans le cadre de la gestion de la douleur, lors d’annonces difficiles, lors de crises émotionnelles, à l’entame d’une relation soignant-soigné plus complexe, lors de phobies de soins, lors de phases dépressives ou d’ennui.
Bien que quelques membres du personnel aient émis des réserves (peur, bien-être animal, hygiène et allergies, …), assez rapidement nos chiens ont été adoptés dans leur service par les métiers et les patients. Certaines personnes initialement réticentes se sont ensuite montré favorable à cette initiative.
L’approche ouverte et spontanée constitue une réelle ressource thérapeutique dont l’impact positif significatif sur les patients peut se noter à différents niveaux: réduction du stress et de l’anxiété, amélioration de l’humeur, soutien émotionnel, stimulation de l’interaction sociale ou encore aide à la revalidation.
Concernant cette dernière, nous en avions minimisé l’impact, non seulement sur les patients mais aussi sur les soignant. Ainsi, les kinésithérapeutes du service ont en effet trouvé un réel soutien en nos chiens, les patients étant plus rapidement enclins à sortir de leur lit pour effectuer leurs promenades et leurs exercices de revalidation tout en ayant leur attention détournée.
Le personnel soignant est aussi ravi car outre le fait de voir leurs patients sourire, Tika et Yuki les enchantent et leur permettent également de décompresser, dans un environnement de travail régulièrement stressant.
L’environnement hospitalier peut toutefois constituer un risque pour des chiens en phase d’apprentissage. Il convient alors d’adapter cet environnement : les câbles que le chiot adore grignoter, les médicaments qui ressemblent à des friandises, les portes ouvertes qui sont un appel à la liberté, et pour rappel :
les bruits qui peuvent provoquer des aboiements si le chien n’y est pas familiarisé rapidement
Conclusion
Il s’agit ici d’un projet pilote et les données objectives manquent dans la littérature. Notamment, l’impact de cette thérapie innovante dans la maîtrise des infections acquises au sein d’une unité des soins intensifs devrait être évalué à l’avenir afin de mieux cerner les risques encourus. A cet égard, nous ambitionnons de réaliser une surveillance continue de la transmission de germes, dont des bactéries multi-résistantes aux antibiotiques.
Une chose est certaine, l’arrivée d’un animal de médiation se prépare et doit être d’ores et déjà considérée comme une avancée thérapeutique notable.
Lorsque le projet mis en place trouve un rythme de croisière, l’équipe d’hygiène, le personnel et les patients des soins intensifs du HUB peuvent envisager du répit et aller à la rencontre de nos « soignants » à quatre pattes
Références.
1. CHUBAK J et al. A randomized controlled trial of animal-assisted activities for pediatric oncology patients: psychosocial and microbial outcomes. Journal of pediatric health care. 2023 Nov 4:S0891-5245(23)00279-1.
2. ERREN TC et al. , The kids’ ward reindeer: a scoping review of the effects of support animals on the well-being of healthcare staff. Journal of occupational medicine and toxicology. 2023 Dec 12;18(1):28.
3. SPIKESTEIN A et al. Impact of facility dog and Certified Child Life Specialist Dyad on Children’s Pain and Anxiety During Needlestick Procedures in a Pediatric Hematology Oncology Clinic Setting. Journal of pediatric hematology/oncology. 2024 Jan 1;46(1):51-56.
4. BRODIE S et al. An exploration of the potential risks associated with using pet therapy in healthcare settings. Journal of clinical Nursing. 2002; 11:444-456.
5. EDNER A et al, Low Risk of Transmission of Pathogenic Bacteria between Children and the Assistance Dog during Animal Assisted Therapy if Strict Rules are Followed, Journal of Hospital Infection, v. 1- Mar. 1980.
6. YONGSHEN F et al. Effects on animal-assited therapy on hospitalized children and teenagers: A systemic review and meta-analysis. Journal of Pediatric Nursing 60 ,2021 11–23.
7. FIORE M et al. Risks and benefits of animal-assisted interventions for critically ill patients admitted to intensive care units, Journal of anesthesia, analgesia and critical care, 2023, 3 :15.








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