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L’hygiène vue par les étudiants en soins infirmiers et l’hygiène sur le terrain : amis proches ou ennemis jurés ?

S. Verschuren - Maître Assistante et Maître de Formation Pratique à la Haute Ecole Francisco Ferrer (HEFF - Bruxelles) F. Zanini - Maître Assistant et Maître de Formation Pratique à la Haute Ecole Libre Mosane (HELMo - Liège) Y. Velghe - Adjoint à la direction du département infirmier et paramédical. du CHU Brugmann, Infirmier chef de service Prévention et Contrôle des Infections (PCI) au CHU Brugman et Président Association Belge des Infirmier(e)s en Hygiène Hospitalière (ABIHH) 2015-2025

 

Introduction :

Le petit mot du Président

Pendant mes 10 ans de présidence de l’ABIHH, la place des infirmier(e)s hygiénistes enseignant(e)s au sein de notre association a donné parfois lieu à un débat et des discussions, notamment par rapport aux statuts de l’ASBL :
– dans un premier temps par rapport à la possibilité d’être membre à part entière de l’ABIHH,
– dans un second temps, l’intégration en tant que membre du conseil d’administration. Infirmier(e) hygiéniste en institution de soins et infirmier(e) hygiéniste dans l’enseignement : même combat ?

Il est évident que l’un ne va pas sans l’autre, plus spécifiquement encore si les 2 répondent aux mêmes critères (formations).

Si je compare les rôles et responsabilités de chacun(e), leur objectif final est toujours le même : la gestion et prévention des infections liées aux soins afin d’offrir aux patients des soins de qualité en toute sécurité, chacun(e) ayant une approche différente :

– l’infirmier(e) hygiéniste en institution de soins : la surveillance des infections, la mise en œuvre de protocoles de prévention, la connaissance des pathogènes, l’analyse des données épidémiologiques, la gestion des épidémies ou la résistance aux antibiotiques, la capacité à travailler en équipe et la formation du personnel.

– l’infirmier(e) hygiéniste enseignant les soins infirmiers : la mise de l’accent sur la transmission de pathogènes, les cours théoriques, les simulations pratiques et les stages cliniques. Il/elle sensibilise les étudiants aux enjeux de la gestion des infections, les préparant ainsi à faire face à des situations réelles.

Et au niveau des compétences requises ?

Un élément commun : l’importance de la formation continue dans les deux rôles afin de former des futurs professionnels et réactualiser des pratiques, l’objectif étant d’avoir des soignants compétents et conscients des enjeux de la gestion et prévention des infections liées aux soins.

Les aspects pédagogiques sont certainement plus développés chez les infirmier(e)s enseignant(e)s que chez les infirmier(e)s hygiénistes de terrain.  C’est pourquoi, j’ai l’occasion d’aborder ce point au cours du Certificat inter-universités : Prévention des infections et hygiène hospitalière . Infirmier(e) hygiéniste enseignant les soins infirmiers  .. A eux la parole ….

La formation en soins infirmiers aujourd’hui en Belgique

Il existe en Belgique plusieurs chemins différents pour devenir « infirmier(e)» : le niveau supérieur (Bachelier Infirmier Responsable de Soins Généraux en Enseignement Supérieur de type court (plein exercice) – 4 ans –  en Haute Ecole OU Enseignement Supérieur de promotion sociale – 5 ans) et le niveau secondaire (Brevet d’infirmier(e) hospitalier(e) – 3,5 ans).

Depuis le 28 juin 2023, le nouveau praticien de l’art infirmier dénommé Assistant en soins infirmiers (AESI – 3 ans) – basisverpleegkundige en néerlandais – a été introduit dans notre législation (SPF Justice, 2023). Il faudra attendre juin 2026 avant de voir les premiers diplômés en Flandre.

La formation du Bachelier Infirmier Responsable de Soins Généraux (BIRSG) a connu plusieurs modifications ces dernières années. Un des plus grands changements a été le passage de la formation en 4 ans (à la place de 3) depuis septembre 2016. Ce passage de 180 crédits (ECTS) à 240 crédits (incluant un minimum de 2300 h d’enseignement clinique) était un changement obligatoire afin de pouvoir se conformer aux directives européennes.

La place de l’hygiène hospitalière et la prévention des infections dans la formation des étudiants en soins infirmiers :contenus et formateurs

Contenus

Le programme d’études conduisant au titre de formation d’infirmier responsable de soins généraux (décret du 30 juin 2016 remplacé par le décret du 12 novembre 2020) comprend un enseignement théorique et un enseignement clinique (pratique).

Enseignement théorique : parmi les mots-clés devant apparaître dans la formation, se trouvent bien évidemment les mots « hygiène » et « microbiologie (bactériologie, virologie, parasitologie) ».
L’organisation académique des études impose un cadre, mais laisse également une liberté à chaque pouvoir organisateur.

Afin d’assurer une cohérence pédagogique maximale entre instituts de formation en soins infirmiers de niveau bachelier en Belgique francophone, un nouveau référentiel de compétence est disponible depuis 2023, validé par l’ARES (Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur).

Enseignement clinique : la compétence de mise en œuvre du projet de soins (réalisation des activités infirmières sur le terrain) intègre entre autres le respect de l’hygiène, de la sécurité, de l’asepsie …, et ce depuis la première année de formation jusqu’à l’année terminale.

A titre d’exemples, pour chacune de nos 2 Hautes Ecoles, voici comment la formation en lien avec l’hygiène est concrètement appréhendée :

HEFF : le cours d’hygiène hospitalière se donne au 1er quadrimestre de la première année de formation.  Ce cours dure 30h et est essentiellement théorique. Un atelier de formation pratique en petits groupes est
organisé de façon spécifique sur l’hygiène des mains avant le premier stage.

Une collaboration avec notre partenaire privilégié (CHU Brugmann) permet la mise en œuvre d’une matinée d’accueil pour les étudiants de 1ère année avant leur 1er stage, incluant une rencontre avec les hygiénistes et des moments de jeux sur le thème de l’hygiène à l’hôpital.
En 2ème année, un atelier de formation pratique en petits groupes est organisé sur les précautions additionnelles avant le premier stage.

HELMO : Le cours d’hygiène hospitalière se donne au 1er quadrimestre de la première année de formation. Ce cours dure 24h et est essentiellement théorique. L’aspect pratique de l’hygiène est essentiellement
dispensée dans les cours de pratiques professionnelles.

Deux activités pédagogiques sont organisées chaque année académique :

-L’un est dédié aux étudiants de 2ème année (bloc 2) etconsiste en un quizz. Celui-ci est l’occasion de faire un rappel de quelques notions d’hygiène sous un mode ludique en créant une compétition entre les 2 classes du bloc 2.

-La seconde est organisée pour les étudiants infirmier(e)s et sage-femmes en année terminale : la « journée hygiène » permet également un rappel des concepts de prévention des infections de manière ludique. Cette journée est organisée depuis plus de 10 ans et depuis 2025, des infirmier(e)s hygiénistes de 3 institutions hospitalières liégeoises sont impliqués activement dans cette journée.

De plus, une « charge de mission : hygiène et asepsie » de 1/10 de charge de travail a été créée depuis de nombreuses années.
Cette charge de mission a pour objectifs de dynamiser la formation en hygiène de nos étudiants et de maintenir une mise à jour des contenus de nos cours. Ce dernier objectif est possible, en autre, par la possibilité d’assister aux réunions de l’ABIHH.

De façon générale pour nos 2 Hautes Ecoles, l’application des concepts d’hygiène est appréhendée lors des cours de pratiques professionnelles et surtout lors des différents stages. Les praticiens du terrain sont d’une importance cruciale dans l’apprentissage pratique du respect de l’hygiène sur le terrain hospitalier et extra-hospitalier.

Formateurs

Être enseignant(e) et infirmier(e )hygiéniste en Haute-Ecole en 2025 ?

Le profil des enseignant(e) (Maître Assistant – MA) qui dispensent le cours théorique d’hygiène peut être multiple. Les conditions minimales sont : infirmier bachelier, détenteur d’un Master (santé publique, gestion hospitalière …) et d’un titre pédagogique CAPAES (Certificat d’Aptitude Pédagogique Adapté à l’Enseignement Supérieur). Détenir une formation complémentaire en hygiène hospitalière est un plus, mais n’est pas obligatoire.

Notons que seuls les infirmier(e)s hygiénistes sont membres de l’ABIHH !

En termes de formation à l’école et sur le terrain, 4 profils différents de formateurs cohabitent :

>le MA sans certification interuniversitaire en prévention des infections et hygiène hospitalière
>le MA avec certification interuniversitaire en prévention des infections et hygiène hospitalière
>l’infirmier.e hygiéniste détenteur d’un titre pédagogique
>l’infirmier.e hygiéniste sans titre pédagogique.

A titre d’exemple, pour chacune de nos 2 Hautes Ecoles, voici le profil des enseignant(e)s qui dispensent le cours d’hygiène :

HEFF : le cours a été dispensé par une enseignante, Maître Assistante, détentrice de la formation. complémentaire en hygiène, membre de l’ABIHH, et ce durant 7 ans.  Depuis 2 ans, ce n’est plus le cas : le cours est dispensé par une enseignante expérimentée, mais bqui ne détient pas de certificat en hygiène hospitalière.

HELMO : le cours est conféré par trois enseignants pour 4 classes de 1ère année
2 MA sont porteurs du certificat en hygiène hospitalière,
1 MA sans certificat en hygiène hospitalière.

De façon générale, pour nos 2 Hautes Ecoles, les enseignant(e)s qui accompagnent les étudiants en stage (enseignement clinique) sont des infirmiers expérimentés détenteurs d’un titre pédagogique (CAPAES).

Méthode

Nous avons voulu questionner nos étudiants sur leur perception de l’hygiène hospitalière. Un formulaire Form’s reprenant une dizaine de questions a été proposé aux étudiants Infirmier Responsable de Soins Généraux (IRSG) des deux Hautes Ecoles, de la 1ère année à l’année terminale, dans le courant du 2ème quadrimestre de l’année académique 2024-25.

Ce questionnaire comprenait des questions à réponses courtes et une série d’affirmation où ils devaient se positionner sur une échelle de Likert.

Résultats

Nous avons pu récolter 449 questionnaires complétés.

Dans un premier temps, s’ils devaient définir l’« hygiène hospitalière », ils utiliseraient des mots que l’on peut trier selon 3 « aspects » de l’hygiène hospitalière. Notons que peu importe l’année d’étude de l’étudiant, ce sont les 3 mêmes « aspects » qui reviennent :

1. Propre / propreté / asepsie
2. Important / indispensable / essentiel
3. Sécurité / protection / prévention

De plus, l’aspect « indispensable » et l’aspect « sécurité » est retrouvé dans le résultat d’une autre question où 98.5 % des étudiant€s considèrent l’hygiène comme incontournable et 98 % des étudiant(e)s considèrent  l’hygiène comme un élément essentiel pour la sécurité du patient.

L’importance de l’hygiène hospitalière est donc clairement déjà perçue et ce depuis la première année. Il est cependant intéressant de mentionner que 11% déclarent qu’ils ont l’impression que le non-respect de l’hygiène n’a pas autant d’impact sur le patient que l’on veut bien nous faire croire.
Ces étudiant(e)s sont ensuite confrontés à la réalité des terrains de stage. Ces terrains de stage sont les endroits privilégiés où seront fixées les compétences de notre profession.
Nous leur avons demandé d’évaluer l’écart perçu entre l’hygiène hospitalière telle que enseignée à l’école et celle pratiquée dans les unités de soins. Ces écarts est évaluée en moyenne à 2,98/ 5.
Une majorité d’étudiants (212) ont répondus 3/5.

Cette différence perçue se répercute dans le résultat d’autres questions : Une des demandes d’amélioration de la formation en hygiène hospitalière serait en outre d’avoir des rappels tout au long du cursus mais surtout d’avoir des formations abordant les adaptations pratiques sur le terrain.
41 % des étudiants considèrent qu’ observer des professionnels de la santé ne respectant pas les règles d’hygiène peut influencer leur propre adhésion à ces règles et 47% imputent l’adhésion à la charge de travail dans l’unité de soins.

Par contre, 34 % mettent en avant leur conscience professionnelle comme facteur d’adhésion à l’hygiène hospitalière.
Face à ce non-respect des principes d’hygiène, certains étudiants donnent avec humilité quelques pistes de réflexion : se mettre à la place de nos patients, aimerions nous être soigné comme cela ?

Discussion – propositions

Quels sont les facteurs qui influencent le respect des règles d’hygiène par les étudiant.e.s en soins infirmiers ?

•L’actualisation des connaissances des enseignants (Maître Assistant – MA) qui dispensent le cours d’hygiène ?
•Le contenu du cours d’hygiène, en terme d’heures, d’actualisation, de récurrence tout au long de la formation ?
•L’observation des soignants qui les accompagnent durant les stages : les notions de modèle, d’exemple, de référence que représentent les soignants pour les étudiants sont fondamentales.

Notre enquête montre que les étudiant(e)s souhaitent pour eux ET pour les soignants des « piqûres de rappels » en terme de formation, afin d’assurer le respect de l’hygiène hospitalière dans les soins.

Nous pourrions dès lors suggérer les points suivants :

– Suggestions par rapport à la formation :

1.Essentiellement des rappels continus tout le long du cursus
2.Des ateliers plus pratiques et plus proches de la réalité du terrain
3.Des campagnes de sensibilisation fréquentes : mise en avant des conséquences du  non-respect de l’hygiène

– Suggestions pour les équipes :

1.Des rappels réguliers
2.Conscience professionnelle : se mettre à la place de nos patients  -> aimerions nous être soigné comme cela ?

Conclusion

Ce travail, bien que fait à petite échelle, amène quand même une éventuelle réflexion pour le futur. L’hygiène hospitalière et la prévention des infections liées aux soins est présente dans la formation (et l’évaluation) de manière permanente, transversale, durant les 4 années de formation, tant à l’école que sur les terrains de stage.  Pour les étudiant(e)s que nous avons interrogés dans notre « sondage », l’hygiène est qualifiée d’essentielle, synonyme de sécurité ou de protection, en lien avec l’asepsie.  Pour eux, le respect de l’hygiène est incontournable, essentielle à la sécurité.  Ils/elles l’assimilent peu à une notion de contrainte, mais reconnaissent qu’elle est difficile à appliquer parfaitement.  Pour une très grande majorité d’entre eux (86%), il existe un écart assez important entre la formation à l’école sur le sujet et la mise en application sur le terrain des concepts enseignés.

L’aspect lié à la réalité du terrain vécue par les infirmier(e)s hygiénistes constitue un plus pour les enseignant(e)s et est l’occasion de pouvoir en discuter ensemble, que ce soit au sein de l’ABIHH ou lors d’invitation au sein des écoles.

Un plus serait que tout enseignant ait aussi une expérience professionnelle en institution de soins, tout comme l’inverse ?

Qu’ils soient étudiants ou professionnels de la santé, la valorisation de la formation continue et l’engagement dans la prévention des infections liées aux soins sont les mêmes.

L’importance de la gestion des infections au sein des institution, ainsi que le rôle crucial de l’enseignement dans la formation des futurs professionnels sont complémentaires.
Se pose alors la question du vécu et réalité de nos futur(e)s infirmier(e)s. ?

Enseignement et terrain, pratiques identiques ?  …. En tout cas, la présence d’un infirmier hygiéniste enseignant au sein du CA (Conseil d’Administration) constitue encore toujours un plus.
Une réflexion à pour suivre en tout cas.

Bibliographie

ARES. (2023). Référentiel de compétences Bachelier Infirmier Responsable de Soins Généraux. Bruxelles.
SPF Justice. (2023, Juin 28). Banque de données Justel – Modifications récentes. Récupéré sur Moniteur Belge: https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/change_lg.pl?language=fr&la=F&table_name=loi&cn=2023062803

Références consultées

Cochard-Graslin, H. (2019, Avril/mai). Hygiène hospitalière en Ifsi : une plaie à enseigner ? Objectifs Soins et Management(268), pp. 40-42.

Hardy-Massard, S. G.-L. (2020). Le rapport aux règles d’hygiène auprès d’étudiants en soins infirmiers : une approche éthogénique. Recherche en soins infirmiers (143(4)), pp. 35-44. doi:https://doi.org/10.3917/rsi.143.0035.

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