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Quelles interventions ont un effet sur l’hygiène des mains des patients adultes dans un hôpital ?

Hombroeckx Dennis et Viaene Dorien - Etudiants en Master en soins infirmiers et obstétrique à la KULeuven

hygiene

1. Introduction   

L’hygiène est un élément important de la société actuelle. [7] Il s’agit désormais d’un besoin inhérent à certaines situations, par exemple en salle d’opération, dans le cadre de l’exécution de soins de plaies ou dans notre quotidien. La publicité pour les produits d’hygiène ménagère consacre elle aussi une attention toujours plus grande au fondement scientifique (par ex. Dettol®). [4,8] L’hygiène contribue grandement à la possibilité de prodiguer des soins de qualité à tous les niveaux. [10] En milieu hospitalier, on y accorde davantage d’attention en raison de l’émergence de bactéries nosocomiales résistantes. Les prestataires de soins, les patients et leur entourage familial peuvent également, en prêtant de l’attention à cet aspect, apporter une contribution dans le cadre de la réduction et de la prévention de la propagation des agents pathogènes. [7] L’efficacité des interventions en matière d’hygiène des mains est reconnue pour diminuer la transmission des infections dans le domaine des soins de santé. [5]
La littérature aborde et analyse essentiellement l’hygiène des mains des dispensateurs de soins. On considère souvent les mains des professionnels de la santé comme la principale voie de propagation des micro-organismes. [6] Istenes et al. ont démontré que les prestataires de soins suivent toujours mieux les directives liées à l’hygiène des mains. Cependant, cette observance demeure sous la barre des 50 %. [6]
Mais qu’en est-il de l’hygiène des mains des patients proprement dits ? On fait généralement appel aux patients pour observer l’hygiène des mains des dispensateurs de soins et rappeler ces derniers à l’ordre en la matière. Les patients déclarent se sentir plus en sécurité lorsque les prestataires de soins pratiquent l’hygiène des mains dans leur champ de vision. Ils peuvent ainsi surveiller la qualité de l’hygiène des mains à l’hôpital. [6] L’implication des patients dans cet aspect des soins entraîne une hausse de la participation du patient. L’augmentation de la participation du patient conduit à une amplification de la sécurité du patient. Ce phénomène a notamment pour conséquence une amélioration de l’observance des directives en matière d’hygiène des mains par les dispensateurs de soins.[11] Ceci dit, les patients constituent souvent une source de transmission de microorganismes source éventuellement d’infections associées aux soins[1] chez des prestataires de soins et d’autres patients.[7] Le téléphone portable d’un patient[2] ou le contact avec une surface infectée comptent parmi les foyers courants de contamination des mains.[7] La mobilité des patients accroît le risque de propagation des bactéries par cette voie.[7] L’intégration d’interventions d’hygiène des mains spécifiques et axées sur les patients permettrait une réduction de la contamination des mains et, partant, de la propagation des bactéries. Les infections associées aux soins et la mortalité qui les accompagne s’en verraient ainsi diminuées. [1] D’où l’importance de trouver des interventions à même d’encourager la pratique de l’hygiène des mains chez les patients. Voilà pourquoi la présente analyse se penche sur « les effets des interventions en matière d’hygiène des mains chez les patients adultes hospitalisés ».

2. Méthodologie

Une étude de la littérature a été menée sur des analyses systématiques relatives à l’hygiène des mains des patients en milieu hospitalier. Les mots-clés repris au Tableau I ont permis de trouver des publications pertinentes, datant de la période située entre 2005 et 2015, dans les bases de données Medline, Cochrane, CINAHL, Embase et Tripdatabase. Au total, 149 analyses ont été sélectionnées sur la base de leur titre. Sur cet ensemble, on a retenu six analyses, qui comportaient des informations sur l’hygiène des mains de patients en milieu hospitalier. Ces analyses ont révélé la grande attention accordée à l’impact du patient sur l’hygiène des mains des dispensateurs de soins. Malgré la mention de stratégies liées à l’hygiène des mains pour les patients, aucun résultat concret n’a été obtenu. Nous nous sommes par conséquent posé la question suivante : « Quelles interventions ont un effet sur l’hygiène des mains des patients adultes dans un hôpital ? »

Tableau I : Mots-clés utilisés pour trouver des analyses systématiques concernant des interventions liées à l’hygiène des mains chez les patients, entre 2005 et 2015
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Une étude de littérature a ensuite été effectuée à partir des bases de données citées afin de trouver des publications pertinentes. Ont été repris dans la présente analyse les articles répondant aux critères d’inclusion suivants :

(1) les patients ont séjourné à l’ hôpital ;
(2) les patients âgés de plus de 18 ans ;
(3) les articles ne datent pas de plus de dix ans.

Ont été exclues de la présente analyse les études répondant à l’un des critères d’exclusion suivants :

(1) les articles ont pour cadre un espace de consultation au sein d’un hôpital ;
(2) il est question de maisons de repos et de soins, ou du domicile ;
(3) les articles traitent de l’hygiène des mains des professionnels de la santé ;
(4) les articles ne présentent aucun critère d’évaluation relatif à l’hygiène des mains des patients.

Les mots-clés utilisés et l’organigramme concernant les articles trouvés sont repris dans les Tableaux I et II. Au total, 2 799 articles ont été trouvés dans les différentes bases de données (Medline, Cochrane, CINAHL, Embase et Tripdatabase). Sur la base de l’appréciation des résumés, 407 articles ont été inclus, parmi lesquels 377 ont à nouveau été exclus. Trente articles ont donc été évalués sur la base de leur corps de texte. Cinq d’entre eux ont finalement été retenus. Enfin, les références de l’ensemble des études et analyses pertinentes ont été filtrées (méthode de la boule de neige), mais cette technique n’a débouché sur aucun article complémentaire. Les restrictions linguistiques étaient le néerlandais et l’anglais.
Le contenu des articles a été synthétisé sous forme de tableaux afin de laisser aux analystes une bonne vision d’ensemble. Chaque tableau comportait les catégories suivantes : année; énoncé du problème ; objectif/question/hypothèse ; concept; critères d’inclusion et d’exclusion ; variables/instruments de mesure ; procédure ; et analyse. Les résultats de chaque article ont été consignés dans un tableau récapitulatif. Cette méthode a permis de conserver un bon aperçu général (voir Tableau IV). Pour évaluer la qualité de contenu des articles, on a eu recours à la liste Delphi. [9]

Tableau II : Organigramme relatif à la sélection des articles trouvés
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3. Résultats

La présente analyse a pour objectif de dépeindre les effets des interventions d’hygiène des mains axées sur les patients en milieu hospitalier. Afin de répondre à la question d’étude, on a procédé à une analyse de littérature incluant cinq articles. Les articles finalement retenus se composaient de deux études croisées [1,11], d’une étude rétrospective [5], d’une étude pilote exploratoire [6] et d’une étude prospective randomisée. [7]

Qualité méthodologique
La qualité méthodologique des articles a été appréciée à l’aide de la liste Delphi (Tableau III). Chaque critère a été évalué selon la procédure suivante : un « + » a été octroyé en cas de mention du critère ; un « – », en l’absence de mention du critère. Les critères englobent les aspects suivants : la randomisation ; les critères d’inclusion et d’exclusion ; le caractère « en aveugle »
de l’évaluateur, de l’aide-soignant et du patient ; l’estimation ponctuelle de la répartition des critères d’évaluation principaux ; et enfin, l’analyse de l’intention to treat.
Tous les articles ne mentionnaient pas nécessairement avec une telle clarté la méthodologie adoptée, celle-ci étant alors parfois difficile à évaluer. Les analystes sont partis du principe qu’à défaut de mention claire de l’utilisation d’une méthode spécifique, cette dernière n’était pas appliquée. Sur la base de ces critères, il a pu être conclu que les études incluses relevaient d’une qualité méthodologique modérée.

Tableau III : Évaluation de la qualité des articles à l’appui de la liste Delphi
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Résultats d’étude
Gagné et al. ont mené une étude rétrospective dans le Centre Hospitalier Pierre – Le Gardeur. Dans ce contexte, trois hypothèses ont été avancées :

(1) les patients peuvent améliorer leur hygiène des mains par l’usage courant d’un gel à base d’alcool ;
(2) l’hygiène des mains peut minimiser et réduire la propagation du SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méticilline) ;
(3) l’attention systématique que le patient accorde à l’hygiène constitue également une incitation pour les dispensateurs de soins à une meilleure observance de la directive visant le lavage des mains.

Afin d’analyser les hypothèses susmentionnées, les interventions suivantes axées sur les patients ont été menées :
(a) on a expliqué aux patients et à l’entourage familial les avantages d’une bonne hygiène des mains ;
(b) on leur a également expliqué la façon de se désinfecter les mains à l’aide de gel à base d’alcool (deux fois par jour) ;
(c) en outre, ils ont reçu une brochure sur les infections nosocomiales.

Cent-seize patients hospitalisés durant plus de sept jours ont fait l’objet d’un dépistage nasal (une fois par semaine pendant quatre semaines). L’étude a démonté que le nombre d’infections nosocomiales par le SARM a baissé de 51 % tous les 1 000 recensements. Par rapport au nombre total de cas positifs au SARM (nombre de porteurs infectés + nombre de porteurs asymptomatiques), la quantité totale d’infections nosocomiales par le SARM est passée de 51 % à 37 %. Au cours de cette étude, l’observance des professionnels de la santé s’est améliorée de plus de 30 % et ce, sans interventions supplémentaires. L’étude prouve que la désinfection systématique des mains constitue une méthode économique et efficace de lutte contre la transmission nosocomiale du SARM. Les interventions appliquées axées sur les patients peuvent être utilisées à faible coût dans tous les contextes de soins de santé, y compris dans des zones reculées dotées de peu de ressources. [5]
L’augmentation de la sensibilisation des patients à l’importance de l’hygiène des mains s’inscrit dans la lignée des directives de l’OMS. Ces directives soulignent une approche multiple impliquant patients, prestataires et hôpitaux. [10] Il s’agit dès lors de l’objectif de l’étude croisée, interviewer administered (Barker et al.). Pour leur implication dans l’étude, les patients ont reçu un sachet antibactérien sur leur plateau-repas. Trois questions ont été posées : (1) « Le patient trouve-t-il ennuyeux d’interroger les dispensateurs de soins sur leur hygiène des mains ? » ; (2) « À quelle fréquence les patients se lavent-ils les mains avant le repas ? » ; (3) « Les patients se lavent-ils les mains après l’usage des toilettes ? ». La première question ne sera pas traitée, l’objet de la recherche ne portant pas sur ce sujet. L’expression « se laver les mains » couvrait aussi bien l’utilisation d’eau et de savon que la désinfection au moyen de produit à base d’alcool ou de sachets antibactériens. L’étude a inclus 207 patients (response rate : 98,6 %) ayant séjourné au University of Wisconsin Hospital and Clinics. La majorité des patients (89,4 %) ont indiqué la nécessité de placer un gel à base d’alcool le long du lit. Sur l’ensemble des patients ayant reçu un sachet antibactérien sur leur plateau-repas, 87,2 % ont estimé cette intervention judicieuse. Dans l’étude, on a constaté que les patients ne se lavant que rarement, voire jamais, les mains avant le repas chez eux le faisaient en revanche à l’hôpital. À l’inverse, les patients pratiquant l’hygiène des mains avant le repas à domicile le font moins à l’hôpital (baisse de 64,7 % à 41,4 %). Barker et al. constatent une baisse similaire pour l’hygiène des mains après l’usage des toilettes. L’âge, la mobilité et le sentiment de bien-être général du patient constituent des facteurs intervenant dans l’application de l’hygiène des mains avant le repas. [1]
Il est important de saisir le comportement, l’attitude et la perception que les patients ont vis-à-vis de l’hygiène des mains. La participation des patients est inhérente à leur sécurité. [11] D’après les directives les plus récentes, l’implication des patients dans la pratique de l’hygiène des mains constitue une bonne stratégie. [10] Il est essentiel que l’infrastructure reconnaisse que tous les patients ne sont pas désireux de prendre part à l’intervention. Le degré de coopération et de motivation des patients revêt une importance cruciale dans n’importe quelle campagne pour l’hygiène des mains. [11] Les études de Wu et al. et d’Istenes et al. se sont penchées sur le comportement, la perception et l’attitude que les patients ont vis-à-vis de l’hygiène des mains. [11,6]
Wu et al. ont mené une étude croisée au Veterans General Hospital, incluant 859 participants (303 patients et 556 membres du cercle familial ; response rate : 32,4 %). L’étude a évalué si l’importance que les patients attachaient à l’hygiène des mains influence ces derniers dans leur choix de l’hôpital ou du médecin. La majorité des patients (78,4 %) désiraient davantage d’informations sur l’hygiène des mains. Tandis que 75,9 % des patients considéraient la pratique de l’hygiène des mains comme un critère de sélection de l’hôpital, pas moins de 66,8 % tenaient également compte de cet aspect pour choisir leur médecin. Chez les patients ayant connu des expériences antérieures liées à des infections nosocomiales, les chances de tenir compte de l’hygiène des mains dans le choix de l’hôpital et du médecin ont doublé. [11]
Istenes et al. ont étudié le rapport entre l’attitude des patients vis-à-vis de l’hygiène des mains et sa mise en pratique. Après un prélèvement de cent échantillons de mains de patients au Summa Health System Akron City Hospital, les patients ont pu remplir un questionnaire sur les efforts de soutien au lavage des mains au sein de l’hôpital et la présence de produits d’hygiène aux alentours de leur lit. [6] L’étude a rapporté une corrélation significativement positive entre les patients se lavant les mains à domicile et à l’hôpital. Comme il a été constaté que les patients trouvent l’hygiène des mains tout aussi importante à domicile qu’en milieu hospitalier, les analystes ont pu conclure que les patients ont bel et bien conscience de l’importance de l’hygiène des mains. [6,11] L’étude de Barker et al. a toutefois également indiqué que l’on se lave plus souvent les mains à domicile qu’à l’hôpital. [1]
Outre le comportement, l’attitude et la perception que le patient a vis-à-vis de l’hygiène des mains, ses connaissances en la matière sont également une part importante dans la lutte contre la propagation des infections. [7] Kundrapu et al. ont mené une étude prospective randomisée concernant l’effet du lavage des mains au savon et à l’eau sur l’élimination du Clostridium difficile (C. difficile) par rapport à la friction d’alcool. Quarante-quatre patients ont pris part à l’étude. Malgré l’efficacité du lavage des mains au savon et à l’eau sur la réduction des spores de Clostridium, dix pour cent des patients étaient encore porteurs. Cependant, pas moins de 73 % des patients ignoraient que le gel à base d’alcool était inefficace contre les spores de C. difficile. Les analystes ont conclu que les connaissances des patients en matière d’hygiène des mains constituaient un élément important dans la lutte contre la propagation des infections. [7]

Un tableau récapitulatif a été établi afin de créer un aperçu clair des études : voir Tableau IV.

Tableau IV : Tableau récapitulatif des études retenues
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4. Discussion

Stratégie de recherche
Cinq articles ont été inclus sur la base des critères d’inclusion et d’exclusion. Quelques erreurs ont pu être commises dans le cadre de la recherche d’études pertinentes. Les mots-clés utilisés (voir Tableau I) ont été répartis entre les deux analystes en fonction de leur caractère pair ou impair. Cette méthode a pu donner lieu à un aperçu non optimal de la requête et des études obtenues en résultat. Des études ont pu également être omises, du fait que les deux analystes n’ont pas utilisé d’autres bases de données que celles décrites dans la méthodologie.
La sélection des articles sur la seule base du titre ne constituait peut-être pas non plus la meilleure des méthodes. Si chaque article a fait l’objet d’une évaluation distincte sur la base du résumé, davantage d’études auraient pu être incluses. La même remarque s’applique au résumé : un résumé peut rapidement être délaissé au profit d’un autre de par son caractère succinct.
Le fait que tous les articles trouvés ne coïncidaient pas autant avec l’objet de la recherche a compliqué la formulation d’une réponse appropriée à la question.

Qualité méthodologique des articles
La qualité méthodologique des articles inclus dans l’analyse a été évaluée sur la base de la liste Delphi. [9] Aucune étude n’a répondu à l’ensemble des critères de cette liste. Nous avons ainsi pu constater que les études ne relevaient pas toujours d’un niveau de qualité très élevé. Chaque article mentionnait des critères d’inclusion et d’exclusion. Les patients n’étaient en aveugle dans aucune des études. Aucun article utilisé n’a non plus recouru à une estimation ponctuelle de la répartition des critères d’évaluation principaux ou à une analyse d’intention to treat. Ce dernier aspect peut s’avérer important en cas d’abandon de l’étude par les patients ; la non-prise en compte des patients perdus peut entraîner une surestimation de l’efficacité du traitement.
Tous les articles inclus n’ont décrit leur méthodologie que de manière succincte. Barker et al. ont mentionné que l’hygiène des mains des patients a été suivie par le personnel hospitalier, mais la méthodologie n’a pas été décrite. Cette lacune soulève des questions telles que : « A-t-on utilisé des check-lists ? Les résultats ont-ils été notés ? Les dispensateurs de soins ont-ils été formés à l’hygiène des mains pour les patients ? ». Dans l’étude d’Istenes et al., l’ensemble de l’échantillon des mains a été abordé dans le détail avec les infirmiers de recherche, de même que la méthode d’interrogation des patients (une étude réalisée par l’enquêteur). Les participants ont dû signer un consentement éclairé dans le cadre de la participation. [6] Une description plus spécifique des méthodes utilisées était disponible chez Gagné et al. Les chercheurs ont utilisé une brochure sur les infections nosocomiales. Les patients ont dû se désinfecter les mains deux fois par jour (uniquement les jours de semaine) au gel à base d’alcool. Des précisions concernant ces interventions faisaient défaut. Par ailleurs, le contenu de la brochure n’a pas été spécifié. La collecte des échantillons des participants n’a pas non plus été abordée plus en profondeur. L’étude ne faisait pas état d’éventuelles erreurs systématiques, de caractère en insu ou de statistique utilisée. [5] Wu et al. ont également eu recours à un questionnaire. Le contenu de ce dernier a été ajouté dans une rubrique distincte, avec les questions en annexe. Si le questionnaire a été évalué par cinq spécialistes quant à sa validité, il n’a pas fait l’objet d’un test préliminaire en raison du temps limité pour l’intégration de la directive sur l’hygiène des mains. [11] Kundrapu et al. évoquent une randomisation des patients. Les différentes interventions liées à l’hygiène des mains et les échantillons utilisés ont également été expliqués. Cette étude a recouru aux directives de l’OMS. Cet article mentionnait le caractère en aveugle du personnel de laboratoire. [7] Gagné et al., Istenes et al. comme Wu et al. ont indiqué que leur équipe avait suivi un certain entraînement pour pouvoir prendre part aux études. [5,6,11] Il est parfois fait mention de méthodes statistiques (test de Pearson X2, test exact de Fisher, test t de Student, échelle de Likert à cinq points et test de Kruskal-Wallis), mais les articles ne donnent aucun chiffre exact à l’appui. Sur la base de leurs tests, une valeur p a parfois été ajoutée. [1,6,11] Kundrapu et al. indiquent également que les données (de leurs prélèvements) ont été traitées au moyen du logiciel statistique SPSS. [7]

Débat sur les résultats
On a pu observer une hausse de la motivation vis-à-à-vis de l’hygiène des mains chez les patients à qui l’on a enseigné les avantages d’une bonne hygiène des mains, à qui l’on a expliqué la façon de se désinfecter les mains à l’aide d’un produit à base d’alcool et à qui l’on a en outre remis une brochure sur les infections nosocomiales. [5] Leurs connaissances et leur sensibilisation à l’égard des infections nosocomiales ont également augmenté. [5] L’association a été démontrée entre l’amélioration de l’observance de l’hygiène des mains chez les prestataires de soins et l’accroissement de la motivation des patients. [11] Dans l’étude de Gagné et al., la hausse de l’observance constatée chez les dispensateurs de soins est aussi imputée en partie à la baisse perceptible du nombre d’infections par le SARM. L’étude a présenté quelques restrictions : de nombreuses chambres de quatre personnes étaient non équipées de toilettes ou de lavabos. D’où une augmentation du risque de propagation des bactéries. Les patients n’ont reçu qu’un dépistage nasal, mais les autres foyers de prédilection du SARM n’ont pas été échantillonnés. De plus, il ne s’agissait pas d’une étude contrôlée. [5]
La transmission de connaissances et d’informations aux patients peut éventuellement expliquer quelques mésestimations, notamment la résistance des spores C. difficile à l’alcool. [7] Contrairement à la simple désinfection à l’alcool pour les mains, le lavage au savon et à l’eau entraîne une plus forte baisse des bactéries et élimine les spores. [7] Kundrapu et al. laissent à penser que le lavage des mains constitue une intervention judicieuse et facile à intégrer dans le secteur des soins. Pour éliminer les spores, les chercheurs ont également proposé une solution sporicide à base d’acide hypochloreux, activée de manière électrochimique ; cette méthode a donné un résultat significativement meilleur. L’admissibilité des résultats de Kundrapu et al. peut éventuellement être remise en cause de par la description très succincte de la méthodologie de l’article. Aucune information n’a été fournie concernant le traitement de leurs résultats. [7]
Tant chez les prestataires de soins que chez les patients, le comportement et l’attitude ont une grande incidence sur l’observance de l’hygiène des mains. [6,11] Dans l’étude d’Istenes et al., les patients peuvent remplir un questionnaire sur leur pratique de l’hygiène des mains. L’étude démontre une bonne cohérence interne, mais n’exclut pas une erreur systématique : le fait que l’infirmier ait lu l’enquête à voix haute aux participants peut avoir influencé ces derniers dans leur réponse. [6] Reste encore à examiner par le biais d’études bien établies quelles interventions cliniques, axées sur le comportement et l’attitude, sont les plus efficaces.
Les futures interventions d’hygiène des mains auront pour objectif d’augmenter la motivation à la mise en pratique de celle-ci. L’exécution de l’hygiène des mains est fonction de la motivation personnelle. [11] Les patients ayant déjà connu une infection associée aux soins étaient les plus motivés à obtenir des informations sur l’hygiène des mains, et cet aspect contribuait bel et bien à leur choix du médecin et de l’hôpital. [11] L’application de l’hygiène des mains par les patients en milieu hospitalier atteint un faible niveau, inférieur à la pratique à domicile. [1,6] Néanmoins, on a constaté que les patients déclarent trouver importante l’hygiène des mains pour eux-mêmes et pour les dispensateurs de soins. [11] Nous nous demandons pourquoi les patients veillent à l’hygiène des mains des prestataires de soins, mais moins à leur propre hygiène des mains. Une étude complémentaire serait peut-être utile en vue d’identifier les facteurs sous-jacents répondant à la question : « Pourquoi ne pratique-t-on pas l’hygiène des mains, tout en jugeant celle-ci importante ? ».
Barker et al. avaient placé un sachet antibactérien sur le plateau-repas des patients, améliorant ainsi de façon significative l’hygiène des mains. Si une mauvaise hygiène des mains à l’hôpital est parfois une conséquence de l’accès limité aux possibilités d’hygiène, les problèmes de mobilité constituent également un obstacle. [1] Une intervention prometteuse dans l’étude de Barker et al., en particulier pour les patients présentant des problèmes de mobilité et une mauvaise hygiène des mains, consiste à placer un désinfectant à base d’alcool pour les mains le long du lit. L’identification des facteurs sous-jacents d’une mauvaise hygiène des mains peut représenter une grande avancée pour la réduction de la mortalité et des infections associées aux soins. [1] Parmi les restrictions de l’étude, on distingue les éléments suivants : (1) les résultats ne peuvent pas être admis dans le cadre d’un hôpital pour enfants, des directives différentes étant en vigueur en matière d’hygiène des mains, de même que d’autres risques de transmission des bactéries nosocomiales ; (2) un risque de reporting excessif était présent, dans la mesure où les patients à autonomie réduite en soins intensifs et les patients présentant une dysfonction cognitive ont été exclus de l’étude. Le risque de sous-reporting est minime, étant donné que 60 % des patients pratiquant une mauvaise hygiène des mains ont rapporté ce fait d’eux-mêmes. [1]

5. Conclusion

Les interventions appliquées axées sur les patients, comme l’enseignement d’une bonne hygiène des mains, l’apprentissage des techniques de désinfection à l’aide d’un produit à base d’alcool pour les mains et la remise d’une brochure d’information aux patients, peuvent être utilisées dans plusieurs contextes de soins de santé, y compris dans des zones reculées dotées de moins de ressources. La désinfection systématique des mains a été indiquée comme une stratégie économique et efficace contre la transmission nosocomiale. [5]
Les patients ont trouvé judicieuse l’intervention consistant à placer un sachet antibactérien sur leur plateau-repas. [1] En cas de mauvaise hygiène des mains ou de problèmes de mobilité, une petite pompe d’alcool pour les mains placée le long du lit peut offrir une solution. Un désinfectant pour les mains à base d’alcool est utile à l’ensemble des patients hospitalisés. [1] La majorité des patients veulent davantage d’informations sur l’hygiène des mains. [11] Les connaissances des patients sur l’hygiène des mains constituent un élément important dans la lutte contre la propagation des infections. [7]
Une étude de littérature approfondie a permis de constater que peu d’articles traitaient de l’hygiène des mains exécutée par les patients et/ou visiteurs au sein d’un hôpital. Les interventions pratiquées mentionnées dans les études ainsi que leurs effets ont été trop peu abordés. Une étude exhaustive sur les facteurs sous-jacents encourageant davantage les patients à pratiquer l’hygiène des mains reste nécessaire. Des études randomisées (en double aveugle) et contrôlées peuvent tout particulièrement constituer une plus-value afin de trouver une réponse à la question faisant l’objet de la recherche : « Quelles interventions ont un effet sur l’hygiène des mains des patients adultes dans un hôpital ? ».

6. Références bibliographiques

1. Barker A, Sethi A., Patient Hand Hygiene at Home Predicts Their Hand Hygiene Practices in the Hospital. National Institutes Of Health. 2014 ;35(5):585-588.

2. Brady R, Hunt A., Mobile phone technology and hospitalized patients: a cross – sectional surveillance study of bacterial colonization , and patient opinions and behaviours. European Society of Clinical Microbiology and Infectious diseases. 2011 ; 17: 830-835.

3. Davis R, Parand A., Systematic review of the effectiveness of strategies to encourage patients to remind healthcare professionals about their hand hygiene. Journal of Hospital Infection. 2014 ; 89:141-162.

4. Dettol (2015). About germs & illness prevention. Consulté le 9/05/2015. Disponible sur http://www.dettol.co.uk/illness-prevention/about-germs-illness-prevention

5. Gagné D, Bédard G., Systematic patients’ hand disinfection: impact on meticillin- resistant staphylococcus aureus infection rates in a community hospital. Journal of Hospital Infection. 2010 ; 75: 269-272.

6. Istenes N, Bingham J., Patients’ potential role in the transmission of health care – associated infections: prevalence of contamination with bacterial pathogens and patient attitudes toward hand hygiene. American Journal of Infection Control. 2013 ; 41:793-8.

7. Kundrapu S, Sunkesula V., A Randomized Trail of Soap and Water Hand Wash Versus Alcohol Hand Rub for Removal of Clostridium difficile Spores from Hands of Patients. Chicago Journals. 2014 ; 35(2):204-206.

8. Sabre Awards (2013). SABRE Awards India Announced . Consulté le 9/05/2015. Disponible sur http://www.prmoment.in/1265/sabre-awards-india-announced.aspx.

9. Verhagen A., de Vet H., The Delphi list: a criteria list for quality assessment of randomized clinical trials for conducting systematic reviews developed by Delphi consensus. Journal Clinical Epidemiology. 1998 ; 12:1235-1241.

10. Organisation mondiale de la Santé. WHO Guidelines on Hand Hygiene in Health Care: First Global Patient Safety Challenge Clean Care Is Safer Care [Titre de la version française : Recommandations de l’OMS pour l’hygiène des mains au cours des soins : Premier Défi Mondial pour la Sécurité des Patients. Un Soin propre est un Soin plus sûr] (2009). Consulté le mercredi 29 avril 2015. Disponible sur http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK144019/

11. Wu K., Lee S., Chen J. et al., Hand hygiene among patients: Attitudes, perceptions and willingness to participate. American Journal of Infection Control. 2013 ; 41:327-31.

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