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Impact des aiguilles à ailettes sécurisées sur l’incidence des accidents par piqûres à l’UZA

Frank Van Laer - Infirmier hygiéniste hospitalier (UZA) Elke Coenen - Chef de service du Service Interne de prévention et de protection au travail (UZA)

Introduction

Afin de prévenir l’exposition accidentelle des professionnels de la santé au sang et aux autres fluides corporels, le secteur des soins de santé applique déjà de nombreuses mesures, dont l’utilisation de collecteurs d’aiguilles adaptés, de lunettes anti-projections, mais aussi d’instruments médicaux dotés d’un mécanisme de sécurité.

La mise en œuvre de tels matériel médical dotés d’un mécanisme de sécurité ou de protection a pris un essor considérable dans le secteur des soins de santé depuis l’entrée en vigueur de l’arrêté royal (AR) du 17 avril 2013 (1).

Si l’AR en question n’oblige pas les institutions à prévoir systématiquement des systèmes de sécurité à l’intention de leurs travailleurs, il impose néanmoins, si l’analyse des risques démontre qu’il existe un danger de blessure et/ou d’infection par un objet tranchant à usage médical, la prise de mesures de prévention spécifiques. Ces mesures de prévention peuvent consister à supprimer l’usage inutile d’objets tranchants par l’adoption de changements dans les pratiques et, sur la base des résultats de l’analyse des risques, mettre à disposition des dispositifs médicaux dotés de mécanismes de sécurité et de protection intégrés.

L’analyse des expositions accidentelles au sang au sein de l’UZA révèle que les aiguilles à ailettes, en particulier, ont une grande part de responsabilité dans la survenance des accidents par piqûre. L’impact de l’introduction d’aiguilles à ailettes sécurisées sur l’incidence des accidents par piqûre est abordé plus en détail.

Matériel et méthodes

Au sein de l’UZA, les accidents avec exposition au sang (AES) sont notifiés par les travailleurs au Service Interne de prévention et de protection au travail (SIPPT) par le biais d’un formulaire standardisé.

Le SIPPT transmet ensuite une copie de la déclaration pour analyse à l’équipe en charge de l’hygiène hospitalière. Lors de cette analyse, on vérifie notamment à quelle catégorie professionnelle la victime appartient (personnel infirmier, médecin …), la nature de la blessure (piqûre ou projection), la nature de l’instrument médical ayant provoqué la blessure, les circonstances de l’accident (piqûre par un collègue, lors de l’insertion d’un objet tranchant dans un collecteur d’aiguilles …), etc.

Chaque année, un rapport d’analyse est rédigé et abordé au sein du comité d’hygiène hospitalière (CHH, en l’occurrence CZH en néerlandais) et du comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT) par le médecin du travail.

Résultats

En 2015, on recensait 96 notifications d’AES (52 infirmiers et 35 médecins), dont 59 accidents par piqûres et 14 accidents par coupures. La plupart des accidents sont survenus au bloc opératoire et consistaient en des blessures occasionnées par des bistouris et des aiguilles de suture (30 %). Dans le reste de l’hôpital, les aiguilles hypodermiques et les aiguilles à ailettes étaient les principales causes d’accidents par piqûre, avec une part de 10 % pour chaque catégorie.

À la suite d’une rupture de stock d’aiguilles à ailettes auprès du fabricant, l’hôpital a vers la mi-2014 opté temporairement pour une aiguille à ailettes du même type, mais sécurisée. À partir du second semestre de 2014, on ne recensait plus aucune notification d’AES causé par une aiguille à ailettes. Lorsqu’au second semestre de 2015, l’hôpital est repassé à la version non sécurisée, on a relevé une recrudescence du nombre d’AES survenus avec ces aiguilles : leur incidence est en effet passée de 0,9/100 lits occupés au premier semestre de 2015 à 4,6/100 lits occupés au second semestre de 2015 (graphique 1).

Graphique 1 : Evolution de l’incidence des accidents par piqûre provoqués par des aiguilles à ailettes et impact de l’utilisation d’aiguilles à ailettes sécurisées.

Discussion

Les aiguilles à ailettes sont principalement utilisées pour les prélèvements sanguins en combinaison avec un système de prélèvement sous vide. Ces aiguilles sont cependant connues pour leur « effet cobra » (2), un terme qui désigne la tendance de l’aiguille à se recourber lorsqu’on l’introduit dans le collecteur d’aiguilles. Cet effet est dû à l’embout relativement long qui est recourbé dans l’emballage. Une analyse des circonstances dans lesquelles les accidents par piqûre provoqués par des aiguilles à ailettes se sont produits en 2015 au sein de l’UZA démontre qu’il est question de l’« effet cobra » dans 58,3 % des cas (7/12).

L’incidence des accidents par piqûre provoqués par des aiguilles à ailettes varie fortement en fonction des publications consultées. De plus, la littérature ne présente pas de manière uniforme l’incidence des accidents par piqûre provoqués par des aiguilles à ailettes. Si l’incidence est généralement présentée par 100.000 aiguilles à ailettes achetées, elle l’est parfois aussi par 10.000 procédures réalisées, par 100 ETP (équivalents temps plein) ou par 100 lits occupés.

L’incidence est également déterminée par la nature du mécanisme de sécurité présent. La première génération d’aiguilles à ailettes sécurisées, notamment, est dotée d’un manchon qui doit être enfilé manuellement sur l’aiguille lorsque celle-ci est retirée de la veine. Une deuxième génération d’aiguilles à ailettes a été conçue de manière à pouvoir protéger l’aiguille alors qu’elle se trouve encore dans la veine. Cependant, même au sein d’une même catégorie d’aiguilles à ailettes dotées du même mécanisme de sécurité, il peut encore exister des différences au niveau notamment de la composition de l’embout – dans le but d’éviter l’« effet cobra » – ou du temps nécessaire pour activer le mécanisme de sécurité (3).

Une évaluation de la 1re génération d’aiguilles à ailettes sécurisées réalisée en 1993-1994 dans deux hôpitaux américains a permis de conclure à une réduction de 23 % – de 4,0 à 3,1 cas par 100.000 procédures – du nombre d’accidents par piqûre grâce au remplacement de l’aiguille conventionnelle par une version sécurisée (4).

Lamontagne et al. ont recensé 13,2 accidents par piqûre par 100.000 aiguilles à ailettes achetées. Après l’introduction de la 1re génération d’aiguilles à ailettes sécurisées, le nombre d’accidents par piqûre a été réduit à 4,8 par 100.000 aiguilles à ailettes achetées, ce qui revient à une réduction de 64 % (5).

Une étude similaire réalisée par Hotaling sur une 2e génération d’aiguilles à ailettes sécurisées a révélé par rapport à la 1re génération d’aiguilles à ailettes sécurisées une baisse du nombre de cas, de 3,76/100.000 aiguilles à ailettes à 0,47/100.000 aiguilles à ailettes (réduction de 88 %) (6).

Il ressort par ailleurs des données de l’Exposure Prevention Information Network (EPINet™) américain que la part des accidents par piqûre provoqués par des aiguilles à ailettes a baissé au fil des années à mesure que l’utilisation des systèmes de sécurité se répandait au sein des hôpitaux : en 1998, 90 % des accidents par piqûre rapportés avaient été provoqués par un objet tranchant sans système de sécurité ; en 2014, cette part ne représentait plus que 52,3 % des cas rapportés, tandis que la part des accidents par piqûre provoqués par des aiguilles à ailettes est retombée de 8 % à 2,9 % (graphique 2) (7,8).de 0,9/100 lits occupés au premier semestre de 2015 à 4,6/100 lits occupés au second semestre de 2015 (graphique 1).

Graphique 2 : Part des accidents par piqûre provoqués par des aiguilles à ailettes en comparaison de la part des objets tranchants sans mécanisme de sécurité (EPINet™)

Une analyse similaire a été réalisée au sein de l’UZA, à cette différence près que les seules données disponibles avaient trait à la consommation d’aiguilles à ailettes sécurisées. En effet, la déclaration ne précisait pas si l’accident par piqûre avait été provoqué par une aiguille à ailettes sécurisée ou par une aiguille à ailettes conventionnelle. Étant donné que la part des accidents par piqûre provoqués par des aiguilles à ailettes était de 19,3 % en 2006, le médecin du travail a en 2007 fourni au personnel des explications sur la bonne manière d’utiliser et de retirer une aiguille à ailettes. Cette initiative a conduit à une réduction du nombre d’accidents par piqûre. Cependant, les aiguilles à ailettes représentaient toujours les années suivantes (2009-2013) une part d’environ 8 % en moyenne dans le nombre total des accidents avec exposition au sang rapportés. L’introduction temporaire d’une version sécurisée à la suite d’une rupture de stock des aiguilles conventionnelles auprès du fournisseur a, dans les mois qui ont suivi (2e semestre 2014), réduit à zéro le nombre de notifications d’accidents provoqués par ce type d’aiguilles. À partir du moment où l’on est repassé aux aiguilles conventionnelles, le nombre d’accidents provoqués par des aiguilles à ailettes a augmenté dans des proportions substantielles. Au 2e semestre de 2015, la part des aiguilles à ailettes dans le nombre d’accidents atteignait même 18 %.

Sur la base de ces conclusions, il a été décidé d’introduire définitivement la version sécurisée à partir de 2016, ce qui a porté la consommation de 3.000 unités en 2006 à 127.750 unités en 2016 (graphique 3). 

Graphique 3 : Part des accidents par piqûre provoqués par des aiguilles à ailettes en fonction du nombre d’aiguilles à ailettes sécurisées achetées (UZA)

Conclusion

L’analyse des accidents par piqûre montre clairement que l’introduction des aiguilles à ailettes sécurisées à l’échelle de l’hôpital a permis au sein de l’UZA de réduire de manière significative le nombre d’accidents par piqûre provoqués par ce type de système de prélèvement sanguin.

La mesure dans laquelle l’introduction d’un autre type de sécurisation (2e génération) permettrait de réduire encore davantage l’incidence des accidents par piqûre pourrait se prêter à une étude subséquente.

Références

1. Moniteur belge du 03/05/2013 (26168-26170). Arrêté royal du 17 avril 2013 modifiant l’arrêté royal du 4 août 1996 concernant la protection des travailleurs contre les risques liés à l’exposition à des agents biologiques au travail, en vue de la prévention des blessures par objets tranchants dans le secteur hospitalier et sanitaire.

2. Puro V., Ippolito G. Safety Butterfly Needles for Blood Drawing (Letter to the editor), Infect Control Hosp Epidemiol, 1998 ; 19(5) : 299.

3. Haupt C., Spaeth J., Ahne T. et al. A Model-Based Product Evaluation Protocol for Comparison of Safety-Engineered Protection Mechanisms of Winged Blood Collection Needles. Infection control & hospital epidemiology, 2016 ; 37(5) : 505-511.

4. CDC. Evaluation of Safety Devices for Preventing Percutaneous Injuries Among Health-Care Workers During Phlebotomy Procedures — Minneapolis-St. Paul, New York City, and San Francisco, 1993–1995. MMWR, 1997 ; 46(2) : 21-25.

5. Lamontagne F., Abiteboul D., Lolom I. et al. Role of safety-engeneered devices in preventing needlestick injuries in 32 French hospitals. Infect Control Hosp Epidemiol 2007 ; 28 : 18-23.

6. Hotaling M. A Retractable Winged Steel (Butterfly) Needle. Performance Improvement Project. The Joint Commission Journal on Quality and Patient Safety, 2009. Volume 35(2) : 100-105.

7. EPINet™. 1998 U.S. EPINet Needlestick and Sharp-Object Injury Report.

8. International Safety Center. EPINet Report for Needlestick and Sharp Object Injuries, 2014.

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