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Surveillance des septicémies dans les hôpitaux belges

1. Contexte 

Les septicémies associées à l’hôpital sont une source importante de morbidité et de mortalité. Nombre d’entre elles sont évitables, en particulier celles qui sont associées à des dispositifs invasifs (« invasive devices »). En Belgique, ces infections font l’objet d’une surveillance depuis 1992. Le protocole a été revu en 2013, pour mettre l’accent sur l’utilité de la récolte de données en vue d’orienter et d’évaluer les mesures de prévention. Depuis 2014, la participation à la surveillance est une obligation légale pour tous les hôpitaux aigus et les institutions de soins chroniques de plus de 150 lits à raison d’au moins un trimestre par an. Cela implique l’enregistrement de données standardisées pour chaque épisode de septicémie survenant 2 jours ou plus après l’admission du patient à l’hôpital (« septicémies associées à l’hôpital »). 

L’objectif de la surveillance des septicémies dans les hôpitaux belges est d’améliorer la qualité des soins dans les hôpitaux belges par: 

λ le suivi des tendances des septicémies, avec un focus sur les septicémies évitables, tant au niveau local qu’au niveau national, dans le but de guider et d’évaluer les efforts de prévention, 

λ le suivi des microorganismes impliqués et de leur profil de résistance. 

Le présent rapport résume les données de surveillance belges jusqu’en 2018 inclus. 

2. Résultats 

En 2018, 104 (101 hôpitaux aigus et 3 institutions de soins chroniques de plus de 150 lits) des 107 hôpitaux éligibles (101 hôpitaux aigus et 6 institutions de soins chroniques de plus de 150 lits) ont participé à la surveillance des septicémies. Parmi eux, 58% ont enregistré des données sur l’ensemble de l’année. L’enregistrement en continu sert mieux l’objectif de la surveillance en tant qu’outil de prévention des septicémies associées à l’hôpital. 

2.1. Tendances des septicémies associées à l’hôpital

2.1.1. Septicémies associées à l’hôpital 2013-2018.

 L’incidence des septicémies associées à l’hôpital reste stable depuis 2013 tant au niveau de tout l’hôpital, qu’au niveau des unités de soins intensifs (Tableau 1). En 2018, l’incidence moyenne des septicémies associées à l’hôpital était de 8,6/10 000 journées d’hospitalisation au niveau de tout l’hôpital et de 29,2/10 000 journées d’hospitalisation pour les septicémies survenant deux jours ou plus après l’admission dans une unité de soins intensifs. 28 

Tableau 1 : Incidence des septicémies associées à l’hôpital, au niveau de tout l’hôpital et de l’unité de soins intensifs, Belgique 2013-218

 

 

 

 

 

 

2.1.2. Septicémies associées au cathéter veineux central 2013-2018.

Les septicémies associées au cathéter veineux central sont classifiées comme : « confirmées » (suspicion clinique que le cathéter veineux central est à l’origine de l’infection et confirmation microbiologique), « probables » (suspicion clinique, mais pas de confirmation microbiologique) et « possibles » (septicémies non secondaires à une infection d’un autre site corporel – « origine inconnue » encodée dans le formulaire de surveillance –, mais présence d’un cathéter veineux central dans les deux jours précédant l’infection). 

L’incidence des septicémies associées au cathéter veineux central (trois classifications ensemble) par 10 000 journées d’hospitalisation est restée stable depuis 2013, sans changement statistiquement significatif (Figure 1). En 2017, parmi ces septicémies, 39% étaient « confirmées », 33% « probables » et 29% « possibles ».

Figure 1 : Incidence moyenne des septicémies associées au cathéter veineux central au niveau de tout l’hôpital, Belgique, 2013-2018

 

 

 

 

 

 

2.1.3 Septicémies associées à l’hôpital, par microorganismes, 2000-2018.1

Les incidences des septicémies associées à l’hôpital par micro-organisme sont présentées dans la Figure 2, depuis l’année 2000 et pour les micro-organismes les plus communs. Cette Figure met en évidence une hausse des septicémies à E. coli, K. pneumoniae et E. faecium  sur le long terme. L’incidence des septicémies à S. aureus est restée plus ou moins stable. Pour E. coli et K. pneumoniae, l’incidence des septicémies associées à l’hôpital a doublé depuis 2000 et elle a fait de même pour E. faecium depuis 2013. 

1 Les données concernant E. faecium sont seulement disponibles depuis 2013

Figure 2 : Incidence moyenne des septicémies associées à l’hôpital par micro-organisme, Belgique, 2000-2018

 

 

 

 

 

 

2.1.4. Incidence des septicémies associées à l’hôpital au niveau de l’hôpital 2018.

Comme les années précédentes, on observe en 2018 une grande variabilité de l’incidence des septicémies associées à l’hôpital d’un hôpital à un autre. Cet aspect est clairement visible dans la boîte à moustaches2  (Figure 3), qui fait apparaître plusieurs valeurs extrêmes.  

2 La boîte à moustaches montre l’incidence médiane des septicémies associées à l’hôpital (ligne bleue dans la boîte) par 10 000 journées d’hospitalisation par hôpital par trimestre de participation. La ligne du haut et la ligne du bas de la boîte représentent respectivement le 3e et le 1er quartile. Les lignes verticales indiquent ces mêmes valeurs, ajustées d’1.5 X l’écart interquartile (Q3 + 1.5 écart interquartile et Q1 – 1.5 écart interquartile respectivement) et les points indiquent les valeurs extrêmes. Le losange représente l’incidence moyenne par 10 000 journées d’hospitalisation

Figure 3 : Incidence des septicémies associées à l’hôpital, par hôpital, Belgique, 2018

 

 

 

 

 

 

 

2.2. Caractéristiques des septicémies associées à l’hôpital, 2018.

En 2018, les 104 hôpitaux participants ont enregistré 8 296 septicémies associées à l’hôpital, 82% répondant à la définition « au moins une hémoculture positive pour un micro-organisme pathogène » et 17% à la définition « au moins deux hémocultures différentes positives pour le même micro-organisme appartenant à la flore cutanée classique et présence de symptômes cliniques ». Une septicémie associée à l’hôpital sur cinq est apparue deux jours ou plus après une admission aux soins intensifs (définition des septicémies associées aux soins intensifs). La moitié des épisodes sont survenus 12 jours ou plus après l’admission à l’hôpital. La moitié des patients avaient au moins 71 ans et 21% des patients sont décédés. Cependant, une proportion importante des données relatives au « status en fin de suivi » était manquante (19%) et nos données ne permettent pas d’établir un lien causal entre le décès et la septicémie.

Les origines les plus fréquentes, au niveau de tout l’hôpital, étaient le cathéter veineux central (24%)3, suivi par les infections urinaires (21%) (Figure 4). Aux soins intensifs, les origines les plus fréquentes étaient le cathéter veineux central (37%), suivi par les pneumonies (21%). L’origine des septicémies associées à l’hôpital (au niveau de tout l’hôpital) était confirmée dans 43% des cas (même micro-organisme isolé dans les hémocultures qu’au niveau du site supposé être la source de l’infection). Un dispositif invasif était en cause directement (cathéter veineux central, autre cathéter ou manipulation invasive) ou indirectement (sonde urinaire ou tube endotrachéal) dans 39% des septicémies associées à l’hôpital au niveau de tout l’hôpital et dans 61% des septicémies associées aux soins intensifs.

3  Ce chiffre inclut les septicémies liées à un cathéter veineux central « confirmées », « probables » et « possibles ».

Figure 4 : Origine présumée des septicémies associées à l’hôpital, Belgique, 2018 (*Inclut origine « confirmées », « probables » et « possibles » pour les septicémies associées au cathéter veineux central)

 

 

 

 

 

2.3. Microorganismes causaux identifiés et leurs profils de résistance antimicrobienne

Les micro-organismes les plus fréquemment isolés dans les septicémies associées à l’hôpital en 2018 étaient E. coli (21%), S. aureus (11%) et S. epidermidis (9%). Seulement la moitié des hôpitaux a rapporté un cas de septicémie associée à l’hôpital due à un S. aureus résistant à la méthicilline (MRSA) (Tableau 2). 

Les profils de résistance phénotypique pour les micro-organismes objets de la surveillance sont présentés dans le 

Tableau 2. Entre 2013 et 2018, seule la diminution de la proportion de S. aureus résistance à la méthicilline (de 21,0% à 10.5%) était statistiquement significative. Les autres changements (s’il y en avait) n’étaient pas statistiquement significatifs. 

Tableau 2 : Résistance aux antibiotiques pour les microorganismes isolés dans les septicémies associées à l’hôpital, Belgique 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3. Conclusions et recommandations

3.1. Conclusions

Les résultats de la surveillance des septicémies associées à l’hôpital pour 2018 sont similaires à ceux observés ces cinq dernières années : 

– En 2014, la participation à la surveillance des septicémies est devenue obligatoire. En 2018, 58% des hôpitaux ont enregistré des données de surveillance tout au long de l’année. 
– L’incidence des septicémies associées à l’hôpital, 8,6/10 000 journées d’hospitalisation en 2018, a peu changé au cours des six dernières années et les observations sont plutôt uniformes : 

o Incidence plus élevée dans les hôpitaux universitaires ou à caractère universitaire ; 
o Incidence plus élevée dans les unités de soins intensifs (en 2017, l’incidence des septicémies associées aux soins intensifs était de 29,2/10 000 journées d’hospitalisation). 

– Il existe une grande variabilité dans l’incidence des septicémies associées à l’hôpital entre les hôpitaux, ce qui laisse à penser qu’un important potentiel de prévention existe, et/ou que les données doivent faire l’objet d’une validation. 
– L’incidence des septicémies associées au cathéter veineux central par 10 000 journées d’hospitalisation est restée quasi stable depuis 2013. Au total, 39% des septicémies associées à l’hôpital enregistrées en 2018 étaient associées à un dispositif invasif (cathéter veineux central : 24% ; cathéter périphérique : 4% ; sonde urinaire : 9% et tube endotrachéal : 3%). Il s’agit là d’une cible prioritaire pour la prévention.
– Les micro-organismes les plus fréquemment associés aux septicémies associées à l’hôpital étaient E. coli et S. aureus. L’incidence des septicémies associées à l’hôpital à E. coli ou K. pneumoniae a doublé depuis 2010.
– Depuis 2013, la résistance à la méthicilline a diminué pour S. aureus. 

3.2. Recommandations

Parce que les conclusions sont assez similaires à celles du rapport de surveillance des septicémies précédent publié fin 2018, les recommandations sont restées les mêmes. Ces recommandations sont brièvement répétées ci-dessous. 

Recommandations à l’intention des décideurs politiques 

• Renforcer le soutien fourni aux équipes d’hygiène hospitalière et faciliter l’exercice de leurs missions et responsabilités en termes de lutte contre les septicémies associées à l’hôpital. Dans ce contexte, il serait utile de porter une attention accrue à la prévention et au contrôle des infections dans les formations médicales (médecine et soins infirmiers) et de reconnaître de manière formelle l’infectiologie comme une spécialité médicale pour laquelle des tâches et des responsabilités spécifiques sont définies. 

• Dans le cadre d’une politique générale d’amélioration de la qualité des soins, renforcer la création d’une culture de bonnes pratiques de qualité des soins au niveau de l’hôpital. Cela implique la mise en place d’un environnement positif, sécurisant, fiable et non-jugeant qui permette l’organisation d’audits internes de qualité des soins par l’équipe d’hygiène hospitalière 

• Soutenir la mise en oeuvre d’une validation des données de surveillance des septicémies et d’une étude visant à examiner pourquoi l’incidence des septicémies associées à l’hôpital n’a pas changé ces six dernières années. Sciensano peut se charger de la réalisation de ces deux études. 

• Continuer à soutenir la surveillance nationale des septicémies associées à l’hôpital afin de suivre les modifications d’incidence aux niveaux national et hospitalier. 

Recommandations à l’intention des hôpitaux 

• Évaluer s’il y a encore une place pour une diminution du nombre de septicémies associées à l’hôpital et, au besoin, implémenter les mesures et activités pour ce faire. L’organisation d’audits internes, menés par l’équipe locale d’hygiène hospitalière, est suggérée à cet effet. 

• Poursuivre l’enregistrement et la communication des données sur les septicémies associées à l’hôpital dans le cadre de la surveillance nationale, afin de permettre l’évaluation de la situation dans le temps et de l’effet des activités mises en place 

Poursuivre l’enregistrement et la communication des données sur les septicémies associées à l’hôpital dans le cadre de la surveillance nationale, afin de permettre l’évaluation de la situation dans le temps et de l’effet des activités mises en place localement afin de réduire leur incidence. 

Recommandations à l’intention des scientifiques responsables de la surveillance (Sciensano) 

• Procéder à une validation des données de surveillance. Un premier pas serait de comparer, au niveau de l’hôpital et du service, les données de surveillance avec celles du résumé hospitalier minimum. 

• Investiguer les raisons pour lesquelles l’incidence des septicémies associées à l’hôpital dans les hôpitaux belges n’a pas diminué au niveau national ces cinq dernières années. Cela peut être fait en évaluant si ce sont systématiquement les mêmes hôpitaux qui présentent les meilleures ou les pires incidences et, dans ce cas, en investiguer les raisons par une étude supplémentaire. Ou, en comparant les hôpitaux à faible incidence avec des hôpitaux similaires à incidence élevée et évaluer les raisons de cette différence. 

• Les données sur la résistance antibiotique actuellement demandées dans le cadre de la surveillance des septicémies ne sont ni utiles ni pertinentes dans le contexte belge et devraient être rationalisées sur base des recommandations concernant les tests de résistance aux antibiotiques du Conseil Supérieur de la Santé. Pour cette raison et parce que les données de résistance sont déjà demandées dans d’autres surveillances coordonnées par Sciensano, ces données ne devraient plus être demandées dans le cadre de la surveillance des septicémies. 

• Poursuivre la surveillance des septicémies dans les hôpitaux belges. Cette mission implique la mise à jour annuelle du protocole et de l’outil de collecte des données. 

• Continuer à améliorer l’outil de collecte de données et la plateforme de reporting Healthdata (Healthstat). 

• Examiner si l’enregistrement et le reporting des données ne peuvent pas être simplifiés et rationalisés à l’avenir. Dans ce contexte, il serait utile d’étudier si des données recueillies par d’autres canaux (par exemple, le résumé hospitalier minimum) pourraient être utilisées pour satisfaire aux objectifs de la surveillance des septicémies dans les hôpitaux belges. 

Pour en savoir plus :

http://www.nsih.be/surv_sep/docs/BSI_Report_Sciensano_2019.pdf

Duysburgh E. Surveillance of Bloodstream infections in Belgian Hospitals: Report 2019. Brussels, Belgium: Sciensano; 2019.

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